18 avril 2007
Restructuration d'un Polygonum aubertii
13 avril 2007
Ici, je vous propose une méthode de taille pour cette plante grimpante. C'est un Polygonum aubertii, qui porte le nom vulgaire (commun) de renouée de Chine.
C'est un végétal aux pousses très puissantes qui recouvre en un rien de temps une surface horizontale ou verticale à décorer, ou à cacher. Peu difficile quant à la nature du sol, il s'adapte à peu près partout et génère des fleurs blanches en abondance si l'exposition est bonne. Il faut toutefois, lui installer un support sur lequel les rameaux vont s'enrouler.
Voici la plante en question avant les travaux:
Lors de son ascension sur le treillage, la renouée ne s'est pas bien fixée. La plupart des rameaux principaux se sont glissés derrière le support et tenaient dans le vide. Il a donc été décidé de:
-Restructurer les charpentières, de façon à homogénéiser leur développement sur la surface à couvrir,
-Retirer le bois mort pour faire débourrer les bourgeons latents,
-Fixer correctement ces charpentières sur le treillage.
Etant donné que les oiseaux sont en pleine nidification, il a été soigneusement vérifié qu'aucun habitant ne se trouvait dans la plante, avant d'entreprendre le moindre travail.
La surface du mur est d'environ 4 m de haut x 5 m de long.
Premièrement, l'épaisseur du duvet mort accumulé à été fortement réduite au taille haie, de façon à y voir plus clair. On peut déjà distinguer que les rameaux principaux partant de la base de la plante ne suivent pas du tout le treillage et ont poussé complètement en biais, suivant la diagonale du mur:
Ensuite, progressivement, se sont les pousses sans importance qui ont été retirées avec le bois mort. Voyez comme aucune structure n'est présente ici. En bas à droite rien est fixé, les charpentières partent dans tous les sens et certaines tombent même par terre. C'est le bazar!:
Voici maintenant le résultat final, après n'avoir gardé que les rameaux importants. Le reste du bois mort a été éliminé du treillage dans sa totalité, et les rameaux principaux ont été refixés et redirigés sur leur support de façon égale:
Les pousses inutiles ont été sectionnées à leur base, en suivant un angle de coupe qui respecte celui du rameau le plus gros. La cicatrisation se fera correctement et rapidement (nous reviendrons sur ce sujet en détail plus tard):
Les rameaux sélectionnés ont été raccourcis sur les bougeons latents. Ils peuvent être devinés grâce au bourrelet, réparti tel une ceinture tout autour de la pousse (comme ci-dessous). Une multitude de bourgeons qui produiront les jeunes tiges vont apparaître à cet endroit. La distance entre ces futurs bourgeons et la coupe doit être de 10 à 15 mm. Nous suivrons régulièrement la cicatrisation en image de cette pousse même, pour vous donner une idée de ce qu'est le travail bien fait:
L'essentiel du travail est maintenant fait.
Les déchets de taille peuvent ne pas être systématiquement brûlés ou jetés à la poubelle. En effet, c'est une véritable mine d'or pour la biodiversité, qui viendra très rapidement s'y installer pour y vivre pendant de très nombreuses années, et souvent on l'oubli!
Ce (ces) tas peut-être entreposé dans un coin peu visible du jardin et pourra être alimenté régulièrement en déchets verts. Même si vous ne le voyez pas, des milliers d'êtres vivants seront constamment présent, hiver comme été.
Pour être concret, ce "tas de merde" faisant sale au milieu d'un jardin propre (pourquoi propre???), fera en réalité partie des sources (si minces) écologiquement intéressantes dans un jardin. (Ici aussi, beaucoup de choses sont à dire, mais nous ne nous éterniserons pas):
Voilà, c'est fini! Il ne reste maintenant plus qu'à admirer la puissance avec laquelle la renouée va partir. Les pousses qui vont se former seront régulièrement dirigées sur le treillage, de façon à ne plus avoir à renouveler la taille, qui démasque ce mur grisâtre peu esthétique.
Le Polygonum aurait très bien pu être laissé à son propre sort. Il ne s'en serait pas porté plus mal. Après, c'est l'ensemble des avantages, des contraintes, des problèmes, des envies qu'il faut prendre en compte pour agir le plus intelligemment possible.
Vous verrez par la suite, l'évolution de cette plante grimpante qui va littéralement exploser. C'est bluffant!
La méthode de taille proposée ici n'est qu'un exemple parmis tant d'autres. On aurait pu tailler plus long ou plus court. On aurait aussi très bien pu garder plus de pousses en place, ou au contraire en retirer d'avantage etc... Tout dépend des conditions, du type de plante, mais aussi du résultat que l'on veut obtenir, tout en restant dans le domaine du raisonnable.
Le 25 avril 2007
Et quelques temps après...
Voyons maintenant le résultat de notre taille en direct, 12 jours plus tard (25.04.07), sachant que les travaux ont été effectués le 13 avril 2007.
Souvenez vous de cette photo:
Et...12 jours plus tard:
La pousse formée est vigoureuse. La coupe effectuée à l'avant sera vite cicatrisée.
3 mai 2007
Nous voici maintenant le 3 mai 2007. Comme vous pouvez le constater, le Polygonum s'est développé considérablement et dans tous les sens (c'était très prévisible). Il nous faut maintenant passer à l'étape de la sélection des rameaux, qui formeront les branches maîtresses qui s'agripperont sur le treillage pour plus tard:
C'est une opération déterminante qui guidera définitivement la structure de votre plante. Il ne faut pas hésiter à réfléchir sur les rameaux que l'on va sélectionner, mais il ne faut pas hésiter non plus à faire une sélection sévère. En effet, trop de rameaux entrent en concurrence les uns avec les autres au niveau de la coupe. Il faut donc en sélectionner 1-2 ou 3 maximum, qui partiront dans des directions différentes. Cette méthode permettra de diriger l'énergie de la renouée sur son allongement dans un premier temps, puis sur son étoffement dans un deuxième temps.
Passons à la pratique avec 3 exemples:
Exemple 1:
Comme il l'a été dit plus haut, les pousses sont nombreuses au départ et entrent en concurrence entre elles. Pour cette branche principale très productive (la plus grosse de la charpente de la plante), il faut donc être d'autant plus sélectif pour les nouveaux départs.
Avant:
Sur 6 départs, il n'en restera que la moitié en tête du rameau. Ce n'est pas tout, car sur la moitié de ces départs, 2 seront palissés sur le treillage, 1 à l'horizontal qui poussera de la droite vers la gauche, et 1 à la verticale qui poussera jusqu'en haut du support. Le troisième aura la fonction d'ornement et étoffement de la plante, mais non de sa croissance.
Quand on parle de sélection, cela ne veut pas dire qu'il faut trier au hasard. En effet, Il est impératif de garder les pousses les plus fortes, les plus grosses, et celles en meilleur santé. Elles sont facile à repérer.
Après sélection:
Exemple 2:
Un très bon cas qui montre combien la renouée peut nous faire perdre la tête, tellement les départs sont nombreux. On aurait presque envie de ne rien toucher, ne sachant pas par où commencer. Ce n'est pourtant pas plus compliqué que dans l'exemple 1. Il faut simplement sélectionner le ou les plus forts départs en tête de façon qu'il n'en reste que 3 maximum.
Avant la taille:
Voici donc en image le résultat. Ici la sélection a été sévère. Seul 1 départ sera conservé à l'avant du rameau. Pour un souci de "répartition des charges" entre les branches dont nous reparlerons plus tard, cette jeune pousse sera dirigée vers le haut du treillage.
A noter qu'il n'est pas interdit de faire une sélection des rameaux latéraux situés derrière la nouvelle pousse principale, de façon à augmenter sa croissance et sa force. Dans ce cas il ne faudra garder que les départs latéraux moins vigoureux que le principal pour qu'il n'y ai pas de concurrence.
Et après:
Exemple 3:
On parlait de concurrence dans l'exemple 2. En voici un très concret. Que se passe-t-il?
La taille d'origine a été opérée au niveau de la flèche rouge. De cette taille ont poussé 3 départs (flèches jaunes). Mais, une très forte pousse (flèche bleue) à pris naissance plus à l'arrière du rameau. (Ces réactions ont des raisons multiples et diverses. On peux cependant supposer que l'alimentation des ces 3 départs à été entravé par un dessèchement trop en profondeur de la plaie de taille, sachant que les rameaux de la renouée ont un bois d'une très faible densité). Il entre donc en concurrence directe avec n'importe quelle de ces 3 jeunes pousses. Une solution judicieuse s'offre à nous: Rabattre l'ensemble du rameau principal sur cette très forte pousse (trait violet), et palisser cette dernière sur le treillage.
Avant:
La pousse que nous avons sélectionné sera encore plus forte et encore plus vigoureuse!
Pour information: Lors de son guidage, le rameaux a été plié par mégarde à l'angle du treillage, du fait qu'il se soit rapidement lignifié (transformé en bois). Si cela vous arrive, ce n'est pas grave, laissez le comme ceci. Observez son comportement dans les jours à venir. Si il continue de croître, ce qui est généralement le cas, c'est bon signe. Il formera à l'endroit de la rupture, un cal de cicatrisation qui se matérialisera par une boule tout autour du rameau, à peine visible.
Après le rabattage:
Une fois ces opérations de sélection effectuées, contentez vous supprimer d'éventuels rameaux latéraux concurrents par rapport à(aux) rameaux principal(aux) sur la même branche. Continuez de diriger les départs de tête sur le support.
Prochainement, nous verrons à quels endroits pour cette situation il faudra sectionner la tête des pousses principales sur le treillage, pour former des charpentières durables et solides.
21 mai 2007
Nous arrivons à la fin des travaux exercés sur le Polygonum aubertii depuis le 13 avril 2007. Tout le treillage à maintenant été parcouru par la renouée, guidée depuis qu'elle à produit ses nouvelles pousses. Il ne reste plus qu'à tailler leur extrémité pour que ces dernières puissent grossir, se renforcer et produire des ramifications latérales. Elles ne feront qu'étoffer le Polygonum qui, dans très peu de temps aura masqué toute la face grise de ce triste mur.
Nous allons donc étudier les derniers travaux qui sont réalisés. Nous essayerons d'en dégager une analyse sur les problèmes, les solutions, les erreurs et l'avenir de la plante. Tout ceci débouchera sur une conclusion finale de l'analyse générale que nous avons mené du début à la fin.
Vous vous souvenez, le 3 mai 2007? Regardez plutôt:
Etat actuel, moins de 20 jours après le cliché ci-dessus:

Nous parlions plus haut, le 3 mai 2007 de la "répartition des charges" entre branches. C'est une expression pas très commune, mais qui, je pense doit être comprise pour la plupart des personnes. En fait, le but est d'essayer d'uniformiser, et de répartir de façon égale la surface que chaque branches devra couvrir.
Pourquoi? Eh bien tout simplement pour ne pas trop amplifier la croissance et la force de certains rameaux par rapport à d'autres.
En pratique, c'est très souvent impossible de faire respecter la part de l'égalité sur la végétation. On peut toutefois réfléchir pour que la répartition se fasse la mieux possible.
Ci-dessous, voici la structure charpentière du Polygonum en question. Chaque trait coloré est terminé par une flèche qui est associé à un numéro, correspondant à une branche de la plante. A l'extrémité des flèches se trouve un trait. C'est l'endroit où il est choisi de sectionner la tête des pousses sur leur support, en fonction de leur vigueur, leur force, leur santé, leur fiabilité...
1, 2 et 2 a (bleu ciel et jaune) serviront à étoffer le centre de la renouée et poussent de façon horizontale,
3 (rouge) parcours le bas et le coté gauche du treillage,
4, 5 ainsi que 2 b et 6 (orange, violet, jaune et bleu foncé) poussent majoritairement à la verticale, pour créer un renforcement de étoffement qui n'en sera que plus rapide, combiné avec les pousses horizontales. Cela permet de produire des ramifications croisées qui se supporteront mieux entre elles pour ne pas tomber:
Comme il l'a été dit plus haut, la répartition égale de la tâche des rameaux est difficile, voir impossible. On peut le constater avec les rameaux 2, 2 a et 2 b de la plante (jaune) qui sont de même vigueur, (6 en bleu foncé étant bien plus faible) et regroupés en une seule branche. Cette dernière est la plus forte de la plante et alimente le plus de surface.
Ce n'est pas grave. En tout cas c'est bien moins grave que si, au contraire nous avions choisi d'installer le rameau n°6 à la place du rameau n°2 par exemple. En effet, au vue de la vigueur des autres pousses, il aurait très rapidement dépérit. A la place où il se trouve, un peu à part, en haut à droite du treillage, il peut évoluer plus lentement, sans être trop gêné par ses concurrents.
Les pousses 3, 4 et 5 ne se contenteront pas d'être sectionnées sur le coin haut gauche du treillage. Au vue de leur très grande vigueur, il sera décider de les faire grimper sur le tuyau d'une gouttière. Ils pourront ainsi rattraper en force les branches jaunes, qui elles se contenteront de rester sur le treillage.
Pour finir, on peut noter que, dans le quart en haut à gauche de la renouée, se trouve une surface plus quadrillée par les ramifications que dans le quart en bas à droite. Il est alors très probable que l'amas de pousses et l'épaisseur du duvet soit plus important dans ce secteur.
Peut-être devrons nous, à l'avenir supprimer la branche n°4, pour uniformiser le volume.
Ou alors, pourquoi ne pas laisser cela tel quel pour, au contraire créer des variations d'un secteur à l'autre de la plante?
Là encore, de multiples solutions s'offrent à nous, mais, au vue de la taille qu'à subit la renouée, il vaut mieux pour le moment ne plus rien toucher. On aura le temps par la suite d'en voir l'évolution et d'aviser si nécessaire.
La plante est maintenant prête. A l'avenir, il est envisagé de la laisser pousser comme bon lui semble. Elle produira un duvet de plus en plus épais et florissant à chaque saison. Cela n'aura qu'un seul effet: Embellir un endroit qui est resté bien triste depuis des années.
Je tiens de nouveau à rappeler que le choix, la méthode, la taille, les décisions sont bien différentes d'une personnalité à l'autre. Le Polygonum aurait pu ne pas subir "d'opération", aussi bien qu' une taille plus forte pouvait être envisagée.
Il n'en demeure pas moins que ces choix doivent être pris consciencieusement. Ils ne doivent pas dépasser dans un cas comme dans l'autre, les lois indiscutables que nous imposent les opérations de taille (souvenez vous de la phrase avec le chirurgien dans le sujet "La taille: petite approche"). Dans le cas contraire, ce sont des blessures irréversibles que l'on inflige au végétal, qui aboutiront à plus ou moins long terme, au dépérissement de ce dernier.
Même si, peu de personnes semblent en accord avec le principe du "laisser pousser, plutôt que de tailler même sans savoir", c'est ce principe que je recommande à vous tous.
Le dossier sur les règles de taille que tenterai d'élaborer, bien qu'il soit complexe, et d'approche pas toujours facile, vous fera, je l'espère réfléchir pour prendre les meilleures décisions. Vous vous y reprendrez alors à deux fois (même plus) avant de prendre en main votre sécateur, votre tronçonneuse, votre cisaille ou votre taille haie.
Vous verrez que, la plupart des personnes massacrent inconsciemment et au plus haut point, ces règles techniques particulières, qui elles mêmes doivent être exercées avec le plus de modération possible. Vous vous rendrez compte des dégâts plus que spectaculaires et alarmants que peuvent provoquer de petites, comme de grandes plaies sur un végétal.
Dans tous les cas, j'espère que, déjà ce petit dossier vous donnera une bonne mise en bouche, avant d'attaquer les choses sérieuses.
Si vous avez des questions, n'hésitez pas, pourvut qu'il ne soit pas trop tard pour votre plante!
La taille: Petite approche
La taille est une pratique qui revient trop souvent et trop systématiquement dans les jardins, alors qu'elle est loin d'être nécessaire en réalité. Elle est parfois exercée n'importe quand, n'importe où, sur n'importe quoi. Les raisons sont diverses, mais c'est à mon avis un effet de mode qui s'est maintenant banalisé, et que l'on pratique comme une activité régulière. Le fait que les jardins soient aussi plantés beaucoup trop serrés peut expliquer les raisons de cette "activité régulière", dans la plupart du temps néfaste.
(Je tenterai de faire un dossier détaillé sur cette approche, afin que nous comprenions tous que moins on taille, mieux c'est.)
Cependant, la taille peut dans certaines situations se révéler bénéfique, et nous allons le voir en pratique plus bas.
Avant de passer à l'action, il faut garder en permanence à l'esprit que la taille est une opération chirurgicale que l'on exerce sur les plantes, et que cette pratique doit être réalisée le plus précisément et le plus soigneusement possible. La cicatrisation n'en sera que meilleure et le résultat sera là!
Pour être plus concret: Est-ce que vous seriez capable de confier votre âme à un chirurgien maladroit qui doit vous opérer?
Je doute que oui! Eh bien pour les végétaux c'est exactement la même chose. Il suffit pour cela d'appliquer quelques critères basiques avant de passer à la pratique:
-Posséder quelques bases sur le principe de taille,
-Avoir un minimum de connaissances sur le végétal en question (certains ne supportent pas la taille),
-Vérifier l'affûtage des outils de coupe qui doit être correct,
-Désinfecter ces outils à l'alcool 90°C (ceci est aussi valable à chaque fois que l'on change de plante pour ne pas transmettre de maladies).
Nous voilà fin prêt!
(Un autre sujet sera également élaboré concernant les méthodes de tailles.)

















