Le temps d'une photo

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05 décembre 2006

Nuit du 26 - 27 Juillet 2006 dans les Yvelines: Orages d'une grande beauté

Les orages qui ont éclaté sur l'Ile-de-France dans la nuit du 26 au 27 Juillet 2006 ont été exceptionnels, surtout au niveau de la foudre. L'activité électrique incessante qui a duré pendant plusieurs heures a réunit une grande diversité d'éclairs aux structures grandioses. Les cellules orageuses, dont certaines ont été particulièrement fortes se sont généralisées sur la région dans un axe Sud-ouest Nord-est, touchant ainsi tous les départements de l'Ile-de-France en soirée et nuit.

Ce dossier est donc dédié à cette fabuleuse chasse qui mérite d'être archivée dans ces quelques lignes pour ne pas être oubliée trop vite. Il retrace en images, point par point, heure par heure la recette que nous à concocté le ciel cette soirée, ainsi que nos sentiments dans ces moments qui resterons gravés à jamais.

Situation générale:

La chaleur à été caniculaire pendant plusieurs jours. Le flux de Sud-ouest bien établi nous a apporté de l'air très chaud, venu d'Afrique. Les températures ont parfois largement dépassé les 30°C au plus chaud de la journée, avec 36 °C a Paris dans l'après-midi qui à précédé la dégradation, et ne descendaient pas en dessous de 20°C la nuit.

Bien que le temps était radieux, le marais barométrique dans lequel nous nous trouvions depuis déjà plusieurs semaines, n'a pas empêché l'arrivée de ce thalweg d'altitude par l'Ouest, presque isolé en goutte froide (à 500 hpa). Il est issu de cette dépression bien creuse située au Sud du Groënland, repoussant ainsi la dorsale plus à l'Est qui nous "protégeai". Venu du pôle, cet air froid à donc été à l'origine de ces orages intenses et bien organisés sur un gros quart Nord-ouest du pays. La petite dépression située sur l'Espagne à peut-être contribué au renforcement de ces cellules orageuses, en apportant son lot d'air humide et instable:

27_Juil_06___0h00__2_

Chasse dans les Yvelines:

Passons maintenant à la poursuite de ces orages que j'ai effectué avec Aurélien, un prévisionniste qui guettai déja depuis plusieurs jours la dégradation. Il me tenait régulièrement informé de ce qui pouvait se passer sur la région. Selon lui, la fin de journée du 26 Juillet pouvait donner de bons orages.

Vers la fin d'après-midi, Aurélien m'appelle. Il est en plein dans ses prévisions météo, et m'informe que des cellules orageuses se sont formées au Sud-ouest de l'Ile-de-France, et se dirigent vers les Yvelines. Il m'invite donc à le rejoindre là-bas vers 20 h. Les orages semblaient être prometteurs...

Vite, je charge mon matériel et prend la A 86 en direction de Vernouillet, lieu fixé pour le rendez-vous. C'est après de bons moments de galère que je fini enfin par rejoindre Aurélien au bord de la route, posté depuis quelques moments, appareil photo en main. Déja un très long arcus s'était formé et se dirigeait droit sur nous. Il est alors presque 21 h 30. Ouf je suis arrivé juste à temps. Scène capturée par Aurélien:

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L'ambiance y était particulière. On voyait ce ciel de plus en noir, dans un air très orageux prêt à exploser. De plus, le vent, le bruit, la déclinaison du jour et l'apparition des premiers éclairs et des premières gouttes, nous faisaient de plus en plus monter l'adrénaline, dans ce climat unique des étés chauds.

Notre position se situait sur la D 154 reliant Orgeval-Vernouillet, sur une colline dont le point culminant est de 170 m, avec une bonne vue Sud Sud-ouest. L'arcus se trouvait à environ 4 km au Sud-ouest de nous.

- Le point jaune représente notre position,
- Le trait large bleu foncé et un peu courbé matérialise l'arcus,
- Les flèches bleue foncé indiquent les orages qui sont arrivés et qui ont été observés, ainsi que leur sens de déplacement.
(légende valable pour les autres cartes):

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A ce moment le vent était déja fort avec des pointes estimées à 80 km/h (rafales descendantes). Ces dernières emportaient avec elles des vagues de poussières impressionnantes qui nous ont martelé jusqu'à ce qu'il pleuve, c'est à dire vers 21 h 45. A cet instant les éléments se sont encore plus déchaînés, quand l'arcus est arrivé au zénith et que la nuit était presque totalement tombée. Il est temps de rentrer dans la voiture. Pluies et orages arrivent en force:

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Déja les premiers éclairs se faisaient voir, puis se sont très rapidement multipliés à l'approche des cellules de plus en plus virulentes. On pouvait observer jusqu'à 1 éclair/s. La foudre est tombée tout autour de nous avec de bons fulminants positifs, parfois proches, et des éclairs inter-nuageux de toute beauté. La pluie s'est mit à tomber très fort. Le vent à quant à lui a diminué progressivement en intensité, après le passage de ce front de rafales.

A cet instant on se trouvait dans un moment, ou joie, inquiétude, passion, extase, fascination et adrénaline se mélangaient de façon divine. Le spectacle était impressionnant!! Seul hic, il nous était difficile de prendre tous ces éclairs du fait que nous étions dans la voiture, sous cette pluie torrentielle et avec la buée qui se formait sans arrêt. C'est donc surtout dans ma tête que ces images resterons gravées. Heureusement, Aurélien à pu faire quelques bonnes captures vidéos avec son apn, dont la qualité m'a agréablement surpris, surtout de nuit. En voici une des siennes:

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Vers 22h30, une fois les derniers orages passés, la pluie cesse enfin après 3/4 d'heure de déluge (environ 30 mm). Nous nous trouvons maintenant à l'arrière de ces orages. Nous décidons donc de nous déplacer pour pouvoir capturer les derniers éclairs qui s'éloignent. Nous nous dirigeons alors un peu vers l'Est, et coupons la D 154 pour nous retrouver de l'autre côté, où un chemin de terre semblait nous diriger vers un point de vue intéressant:

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Effectivement le lieu était parfait. Nous avions une vue vers l'Est qui faisait presque un secteur Nord Sud. Sans hésiter, nous nous installons au milieu d'un champs de blé fraîchement coupé situé juste en face. On observait ces orages bien organisés en ligne, où l'électricité y était très présente, avec là encore une grande variété de décharges électriques. A ce moment le plus gros était en train de se déchaîner sur Paris et les tours de la Défense qui se sont fait foudroyer à plusieurs reprises. Les systèmes orageux se trouvaient à environ 20 km du lieu où nous étions postés:

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Nous avons pu observer de magnifiques spiders très ramifiés qui s'étalaient en forme palmée parfaite, et des décharges rampantes vraiment photogéniques. Certaines étaient tellement longues qu'elles arrivaient parfois juste au dessus de nous et devaient bien s'étirer sur environ 5 à 10 km. La capture de ces magnifiques éclairs a été très difficile, car trop peu prévisibles et bien trop vaste pour être parfaitement cadrés. Egalement de bons positifs observés de temps en temps. Nous étions vraiment comme des fous à cet instant:

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Par moment le risque de foudroiement devait être important dans notre secteur. Un fulminant aurait très bien pu s'échapper des inter nuageux situés au zénith, pour tomber dans la zone où nous nous trouvions.

Maintenant il est 23 h 30. Les orages s'essoufflent peu à peu vers l'Est, et les quelques décharges alentours trop rares ne suffisent plus à satisfaire notre besoin. Soudain, derrière un bosquet d'arbres, des lumières brèves et lointaines apparaissent et commencent à attirer de plus en plus notre attention. Situées derrière une colline, nous ne pouvons rien voir mais les flashs sont de plus en plus nombreux. Vite, en voiture nous partons à la chasse de ces cellules nouvellement formées, qui vont, vous allez le voir, largement satisfaire notre soif pour cette nuit.

Nous nous rendons à Bouafle, une petite ville de style campagnard située sur une butte à 85 m d'altitude. Elle est Implantée entre la D 113 et la A 13, située à quelques kilomètres seulement de notre précédent lieu d'observation, et un peu plus au Nord-ouest. Là mes amis, les orages de nouveau organisés en ligne vont littéralement venir se déchaîner sur les Villes de Mantes-la-Ville, Mantes-la-Jolie et Limay, avant de s'évacuer vers le Nord-est. Petite carte de notre position (point jaune) et sens de déplacement des orages (vecteurs bleu foncé). Le spectacle était déja bien entamé avant notre arrivée. Nous nous installons rapidement dans un champs situé plus bas:

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Les coups de foudre les plus proches devaient se situer à environ 4 km, d'autres entre 5 -10 km de nous. Cette fois ils avaient mis leur plus belle tenue de soirée et fûrent d'une exceptionnelle beauté. Presque toutes les décharges touchèrent le sol. Certaines devaient être de forte intensité. La fréquence de foudroiement a été une nouvelle fois importante sur zone (environ 1 éclair/5 -10 s). Les fulminants qui frappèrent le sol portaient avec eux des ramifications de toute beauté, rares pour notre région d'après mon collègue chasseur.

Très souvent, plusieurs éclairs s'abattaient en même temps. On a pu observer un quadruple coup de foudre qu' Aurélien à heureusement réussi à capturer! Ouf! En moyenne c'était bien souvent 2 décharges simultanées, parfois des bifides qui se produisaient. Grosse émotion dans ces moments, ou l'on savait qu'il fallait savourer chaque instant car ils ne dureraient pas éternellement. Chacun de nous deux focalisés sur notre secteur, le doigt en permanence sur le déclencheur, nous ne pouvions nous empêcher d'exprimer notre joie lorsque qu'un éclair était dans le champs de notre objectif.

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1h10, le spectacle touche à sa fin. C'est après 3/4 d'heure d'activité incessante que les orages se dégradent progressivement. Les pieds de pluie se font de plus en plus fin puis disparaissent les uns après les autres. Les coups de foudre diminuent d'intensité et se font de plus en plus espacés. Quelques minutes plus tard, tout se calme. C'est avec un peu d'amertume mais très heureux en même temps que nous reprenons donc la voiture et rentrons par le chemin des écoliers, délaissant derrière nous cet endroit, où beaucoup de choses se sont passées cette nuit.

Nous scrutons les quelques faibles décharges qui se produisent de si de là, avec par moment encore de beaux rampants. Quelques kilomètres après, nous nous arrêterons pour partager ces grands moments que nos appareils ont enregistrés, en commentant nos images de ces moments magiques, déja tant regrettés. Environ 45 minutes plus tard nous repartons et rentrons tout doucement (hein Aurélien? Lol!).

Nous arrivons sur le lieu où j'ai laissé ma voiture, sur le bord de la D 154, et décidons de retourner rapidement jeter un coup d'oeil dans le chemin de terre emprunté avant, pour capturer quelques décharges rampantes malgré tout encore tenaçes. Mais ces dernières sont maintenant bien trop rares et la fatigue commence à se faire sentir. Il est environ 3 h 30 du matin, et c'est après 4 h de pour bonheur que nous choisissons de rentrer chacun de notre côté.

C'est sur le chemin du retour que je me rendit compte à quel point les orages ont pu être étendus. En effet, sur toute la distance à vol d'oiseau de Mantes-la-Jolie au Perreux (ville où je réside) les orages étaient passés. Cela fait une zone de 70 km de long. La A 86 était même inondée sur certaines voies en arrivant à Créteil. L'extension orageuse de ce soir aura été bien plus importante. Constatez:

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Pour ma part, j'aurais parcouru environ 200 km de route. La chasse aura vraiment été très instructive et très riche en émotion du début à la fin, surtout quand l'imprévu est venu s'y s'ajouter. Cela m'a également permis de découvrir la région, où l'on peux trouver d'excellents points d'observation pour les orages, où même pour y faire des balades. Merci aussi a Aurélien avec qui ce soir je suis vraiment rentré dans le vif du sujet pour mes premières chasses. A l'année prochaine peut-être!

Coupe verticale de 0h00

Je vous propose maintenant de revenir un moment sur l'analyse de la situation du 27 Juillet à 0h00 en coupe verticale:

Voyons le radiosondage de Trappes au moment où les premières belles décharges ont commencé à frapper la région de Mantes-la-Jolie. On s'aperçoit ici que la saturation de l'air jusqu'à condensation (offrant donc la possibilité aux orages de se former), se situe dans la couche moyenne et supérieure de la troposphère. On a par conséquent un point de rosée plus élevé (donc la base), et aussi un nuage orageux plus sec, dû fait que l'air peux contenir de moins en moins de vapeur d'eau avec l'altitude.

Ce type de situation est propice à la formation de cellules orageuses électriquement intéressantes. Elles sont capables de former des éclairs très ramifiés et en grand nombre, tout en ayant assez peu de précipitations à déverser, dans un air sous-jacent finalement assez sec. Les cellules ont cependant une durée assez courte, ce qui a été le cas lors de l'observation sur le terrain, mais ont été nombreuses avec des virgas et pieds de pluie assez faibles. C'est à mon avis, et d'après les quelques infos que j'ai glané, la raison principale qui à fait que ces éclairs ont été aussi ramifiés que rares pour notre région (sans prétention). Ces orages auraient certainement été tout autres si les couches inférieures avaient été poussé jusqu'à saturation.

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Les orages chez moi:

Pour finir, voici que qu'a relevé mon barographe enregistreur le jour où les orages ont éclaté sur Le perreux chez moi, pendant que je chassai. Jamais la variation de pression n'aura été aussi rapide et aussi forte lors de situations orageuses depuis fin 1998 sur ma commune, date ou j'ai commencé les relevés, avec une variation maxi de 6 hpa en 1h 45:

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D'après les témoignages, les orages ont été aussi très forts avec beaucoup de vent (environ 70 - 80 km/h), de pluie (environ 25 mm) et une intense activité électrique. Je n'ai malheureusement pas pu savoir si les décharges ont été aussi belles que dans les Yvelines. Mais qu'importe, c'est la plus belle soirée orageuse à laquelle j'ai pu assister. Et c'est avec un peu de nostalgie que je revisionne ces captures, en repensant aux étés chauds et secs, au moment même ou la mauvaise saison approche, avec ses journées uniformément grises et glaciales.

Je n'ai plus qu'une chose à dire, vive l'année prochaine!

Posté par Charlot 94 à 21:59 - Chasses d'orages - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


18 novembre 2006

26 Décembre 1999: Une journée noire

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La fin du siècle approchait lentement, à son rythme. Je devais avoir dans les 13-14 ans, lorsqu'un jour j'ai demandé à mon père: "Crois-tu qu'il y aura la tempête du siècle?". C'est une question qui me torturais l'esprit, je ne sais pourquoi, peut-être parceque l'on abordait un nouveau millénaire qui pouvait influencer un quelconque phénomène météo violent? Je ne sais pas. En tout cas, longtemps je n'ai cessé de penser à cette tempête du siècle, qui allait même jusqu'au fantasme. Je me souviens encore évoquer cette phrase: "Mais quand-est-ce que l'on aura une tempête qui casse tout?!!!! J'en finissais presque à m'en énerver tout seul, comme si j'étais en manque terrible d'une susbstance rare!!

Puis, quelques mois s'écoulèrent lentement jusqu' au jour tant attendu par les enfants: Le 25 décembre 1999, jour de Nöel. C'est avec une immense joie que je débalais avec vigueur tous mes cadeaux! Pour couronner le tout, Météo-France m'offrait en plus une tempête avec des vents aux alentours de 100 km/h, demain sur l'Ile-de-France, lieu où je réside encore actuellement. Que demander de mieux? Rien je crois. Tout allait vraiment à merveille ce jour là. Pendant toute la journée, mes nouveaux cadeaux, encore fraîchement ôté de leur paquet ont été mon principal centre d'intéret. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser à ce qui allait arriver demain. Tout le temps j'ai gardé dans un coin de ma tête ce fameux coup de vent très attendu. J'avais vraiment l'impression de ne vivre que pour cette tempête.

La journée écoulée, j'allais donc me coucher normalement, avec un sentiment de bien être, en ne pensant qu'au lendemain. C'était donc avec un esprit serin que je m'endormit entre mes deux ours, bien au chaud, la tête dans les étoiles.

Arrivé au petit matin, j'ouvrais mes yeux encore un peu lourds, et c'est à ma grande surprise, que j'entre aperçut l'heure si matinale à laquelle je m'étais réveillé. Il était aux environs de 7h00. J'avais décidé de resté couché, quand tout à coup, un bruit brusque et soudain fit sont apparition sur le toit de ma chambre. J'ai mit un court instant à comprendre ce qui se passait, avant de m'aperçevoir que le vent s'était également levé de bonne heure. Je me suis donc rué à ma fenêtre et j'ai découvert le fabuleux spectacle, presque magique:

J'observais avec fascination les bouleaux situés juste en façe dans mon jardin qui se pliaient, se tordaient, se soumettaient fortement sous un vent de Sud. Plus loin, sur ma droite, je voyais ces grands peupliers qui étaient violemment fouettés sous l'effet des rafales de vents très turbulentes, qui déboulaient d'une manière fracassante, dans un vacarme aveugle. Jamais je n'avais vu ces grands arbres si malmenés. Vous pensez bien que j'étais plus que fou de joie, appareil photo en main bien sûr (photos qui d'ailleur n'ont rien donné car il faisait trop sombre dehors). Maintenant bien éveillé, je décidais de descendre pour parler à mon père qui se lavait et se rasait dans le sous sol. Il m'avait dit: "Tu as vu qu'est ce que ça souffle!!".

Après cela, nous sortîmes sur le devant de notre maison qui était en travaux. On dirait que le vent soufflait encore plus fort que précédemment, et avait même changé de direction. Il venait d'Ouest. Je voyais le cyprès de mes voisins pourtant si solide qui était très ébranlé dans la tourmente. La marche contre le vent était quasiment impossible. Je me souviens me plier en deux pour avancer. Mon père avait même été poser en travers, une planche contre un mur affaiblit par ces travaux, de peur qu'il ne cède sous le poids de ces terribles bourrasques. Revenu dans la maison, inquiet, je décidais de remonter pour me laver à mon tour, et n'étais pas allé dans le jardin de derrière, par crainte de voir des arbres à terre.

Sur le chemin j'en avais profité pour consulter mon baromètre. Dès lors que j'eu posé mon regard sur ce dernier, je fut violemment pris à la gorge et à l'estomac comme dans un étau, lorsque je vit l'aiguille à un niveau incroyablement bas, qui pointais les 970 hpa!! La peur, la crainte, la panique s'étaient rapidement emparés de moi comme un poisson dans un filet. J'étais presque tétanisé, le regard toujours figé sur cette fameuse aiguille qui ne remontait pas. Cet instant avait marqué un changement brusque de l'opinion que j'avais sur cette tempête. Je savais désormais que quelque chose de très grave allait se produire.

Je m'étais transformé dans un état second, ne pouvant parfois plus contrôler mes gestes et mes paroles. Je tremblais tellement à l'intérieur, que c'était le seul jour où je n'avais pas réussi à changer la feuille de mon barographe. Eh oui, sous l'effet des bruits traumatisants provoqués par les tuilles qui tombaient sur le toit, je tremblais un peu plus à chaque fois. J'entendais aussi ce terrible vent qui se ruait sur la toiture, tel le bruit d'un train lancé à grande vitesse. On entendait le fouet incessant, terrifiant, fracassant des rafales qui semblaient à chaque fois un peu plus fortes. Jamais de toute ma vie ne n'aurais pu imaginer pareil spectacle. Mes fantasmes d'avant avaient largement sous estimé la violence de l'évènement cataclysmique. Ma mère essayait bien de me rassurer en me disant: "La maison est solide", mais rien y faisait. J'étais désormais ensorcelé par cette tempête, qui chaque minute hantait et terrifiait un peu plus mon esprit, avec aussi un gros tracas pour ce qu'allait devenir les arbres du jardin que j'ai tant aimé.

C'est après un lavage rapide, que je descendit dans le sous sol aménagé pour regarder une cassette vidéo des "Randonneurs". Je tentais aussi bien que mal de me calmer un peu devant cette comédie, mais en vain. J'entendais toujours ce vent trop puissant qui perturbait même l'électricité de la pièce. Quelques instants plus tard, mon frère, lui aussi réveillé par tout ce vacarme, était venu m'annonçer que notre sapin s'était abattu sur le garage du voisin. Bref, autant d'éléments qui torsadaient et vrillaient un peu plus mes nerfs. Il m'avait inscité à prendre le petit déjeuner à l'étage, et c'est avec courage que je l'avais suivit. Cela m'avait permis de voir cet arbre meurtri dehors. Mon estomac était tellement comprimé, que je ne pouvais absolument rien avaler, et c'est avec appréhension que je pointais mon regard hésitant dans le jardin, avec toujours la peur d'être surpris par une rafale plus forte que les autres. C'est pour cela que je suis rapidemment retourné dans le sous sol, lieu qui, je crois me permettait de ne pas tourner de l'oeil, un verre de chocolat en main.

De longs moments d'inquiétudes, de doutes, d'angoisses, d'agonies et de stress violents passèrent avec une lenteur écrasante. Toutes sortes de choses horribles et imaginables s'entremêlaient et se bousculaient dans ma tête, à en devenir presque fou. J'imaginais les scénarios les plus noirs, susceptibles de se produire en surfaçe: Toit arraché, arbres ravagés, danger de mort pour mes proches, bref des séries d'images tout aussi sombres les unes que les autres qui défilaient par grosses vagues.

Puis, enfin, après des dizaines et des dizaines de minutes insoutenables d'attente, quelqu'un entra dans la pièce pour m'annonçer que la tempête faiblissait. Effectivement, c'est avec une grande joie et un délassement total, que j'observais l'aiguille du baromètre remonter d'une façon aussi fulgurante qu'elle était descendue. Je m'étais rarement senti aussi bien, comme si il y avait eu un deuxième Noël, et même mieux encore je crois.

Il devait être 10h, et je constatais que la tempête était belle et bien passée. En quelques minutes, tous les liens qui m'avaient tant serré la gorge et l'estomac s'étaient rompus d'un seul coup. J'étais redevenu moi-même, comme libéré d'une peine de prison qui n'en finissait pas.

Après cela, j'ai enfin pu sortir librement dans le jardin pour constater les dégâts, qui au final s'étaient révélés bien moins importants que je ne l'avais imaginé. Un seul arbre s'était déraciné et de nombreuses tuiles de la maison voisine avaient été arrachées, mais rien de grave. Même encore je me demande comment tout cela à fait pour résister aussi bien face à la furie exceptionnelle des vents, qui causèrent en France des dégâts inimaginables.

Après cette tempête, le futur a été parfois très dur à vivre pour moi, surtout lorsque le vent refaisait sont apparition. Je me souviens encore me mettre la tête sous mon oreiller, pour ne pas entendre ce dernier qui soufflait dans les arbres, ou encore passer des journées et des nuits d'angoisses interminables dans le sous sol, surtout en 2000, année très venteuse, de même que pour les rafales d'orages.

Actuellement je pense avoir cicatrisé les plaies de cette tempête que j'avais attendu à bras ouvert, et qui, comme en réponse à ma demande s'est produite exactement tel que je l'avais imaginé avant. Comme si elle avait répondu à mon message envoyé désespérément maintes et maintes fois.

Chose très bizarre je ne peux m'empêcher de repenser de nouveau: "A quand le prochain coup de vent?", comme si le désir de la peur et de l'angoisse était inévitable en moi. Mais je me demande souvent si les cicatrices laissées dans mon âme, seront assez solides, même quelques années plus tard, pour pouvoir supporter un nouveau choc, dont personne encore ne connaît la violence...

Posté par Charlot 94 à 20:00 - Réçits de tempêtes vécues - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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